Source: Wal fadjiri

Sénégal: «Trois hivers à Genève» de Fama Diagne Sène – Le malaise des Genevois face à l’émigration

L’écrivaine sénégalaise Fama Diagne Sène a voulu par sa plume dénoncer un fléau qui semble être aussi vieux que le monde : L’émigration. Mais surtout faire savoir dans sa nouvelle intitulée «Trois hivers à Genève» que les Africains ne sont pas les souffre-douleurs des blancs. Elle laisse libre court à son imagination à travers le récit d’un matin d’hivers.

IM000090.JPGIl a fallu un concours de circonstance et un fait-divers tragique pour que l’écrivaine sénégalaise Fama Diagne Sène prenne sa plume pour donner vie à sa nouvelle «Trois hivers à Genève» publiée en 2006 auxéditions Lansman, Belgique, 223 pages. Invitée à la rencontre mensuelle «Au cœur de la littérature» mercredi au Goethe institut de Dakar, l’auteur, relate les péripéties qui l’ont conduit à écrire cet ouvrage. Un matin d’hiver, alors qu’elle était étudiante en Suisse, Genève plus précisément, l’écrivaine avait raté le premier train qui devrait l’amener dans une autre ville. Elle prend alors le prochain tramway, assise, elle ouvre le journal et tombe sur un fait-divers qui va changer le court de sa journée et l’amener à se poser des questions sur les valeurs africaines et celles européennes.

Dans le journal, elle lit la triste nouvelle : «Ils sont trois dans ce long couloir triste, situé au sixième étage d’un immeuble des Acacias. Trois employés d’une entreprise de nettoyage en train de revêtir leur blanc de travail. Combinaisons intégrales, visages encagoulés, bouche et nez recouverts d’un masque. Les mines sont fermées et sombres. A chaque fois que l’un deux franchit le seuil de l’appartement qui lui fait face, il lâche un juron pour se donner du courage, avant de refermer la porte derrière lui. L’espace à vider tient en une seule pièce, dont le volume l’apparente davantage à un placard qu’à un studio. Sur un meuble, trône une télévision ; sa taille paraît comme surdimensionnée dans ce décor confiné où règnent un capharnaüm et une saleté indescriptibles (…).

C’est là, sur ce sommier, que reposait le corps, les membres inférieurs tombant par terre, le tronc et la tête couchés. Les chairs avaient depuis longtemps disparu (… ) Dix-huit mois, deux Noëls, deux printemps et presque deux étés, pendant lesquels un ressortissant suisse de 56 ans était mort chez lui, sans que la société ne se soucie de savoir s’il était encore vivant». A la fin de la lecture de l’article, Fama Diagne Sène explique qu’elle n’a pas pu s’empêcher de se poser des questions. «Je me suis demandé si c’était possible qu’en Afrique, un homme aussi sociable peut-il être oublié mort dans sa demeure durant tout ce temps ?» s’est-elle interrogée.

« Les Africains ne sont pas les souffre-douleurs des blancs »

Mais, le sujet qui l’a le plus dérangé, dit-elle, est que durant son trajet, elle a surpris deux femmes en pleine discussion, qui visiblement l’ont observée pendant qu’elle lisait son journal. Puisque à la fin de sa lecture, elle a poussé un soupir. Et d’après ces deux dames, l’histoire de l’homme décédé seul dans son appartement est certes tragique mais «il y a pire en Afrique, comme les génocides». «D’après ces deux dames, ces incidents se passent à cause des nombreux étrangers qu’accueille la Suisse», explique-t-elle. Avant de poursuivre, «cela m’a fait réfléchir et révolté. C’est pourquoi j’ai voulu écrire ce livre, car en ce moment en Suisse, la ville de Genève a pris un bonnet d’âne et était classée dernière sur la liste des meilleures écoles. Et pour les Genevois, la faute incombe aux étrangers et plus particulièrement aux Africains qui selon eux, ont exploité et détruit leur système».

Au-delà des idées reçues des Genevois, Fama Diagne Sène veut faire passer un message à travers sa plume. «Le message que je veux faire passer dans ce livre est que les Africains ne sont pas les souffre-douleurs des blancs, puisque les Genevois pensent que tous leurs problèmes sociaux sont dus à l’émigration», se désole-t-elle. L’écrivain a écrit sur le thème de l’émigration dans son ouvrage «Barça ou Barsakh : les coulisses de la misère», publié aux Editions Damelles du Sénégal en 2009. Elle a reçu de nombreuses distinctions à travers le monde. L’auteur de «Le Chant des ténèbres», 1997, Dakar, Nea du Sénégal a reçu le Grand prix du président de la République pour les Lettres en 1997 pour cet ouvrage.

Elle obtint alors une bourse pour suivre sa formation de spécialiste en information documentaire à la Haute école de gestion de Genève (Suisse). Fama Diagne Sène est née en 1969 à Thiès où elle a été scolarisée avant d’aller faire ses études en France à l’Institut universitaire de formation des maîtres de Bonneuil. Institutrice, elle enseigne ensuite l’histoire, la géographie et le français à Thiès au Lycée MBour. En 2007 elle est nommée directrice de la Bibliothèque centrale de l’Université de Bambey. Elle se passionne pour la littérature. Fama Diagne Sène est romancière, poétesse et dramaturge et est membre de l’Association des écrivains Sénégalais. Elle avait renoncé en juillet 2012 à la distinction des Palmes académiques françaises que l’ambassade de France devrait lui décerner.

 

 

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