Manifestations sanglantes en Egypte

Ce mercredi 14 août, au Caire en Egypte, plus de cent personnes, selon les Frères musulmans, auraient été tuées et de nombreuses autres blessées par balles dans une opération de police menée afin de disperser les deux rassemblements de partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi au Caire.

2b42a00a905bff0650c35e967f618cba (1)Deux membres des forces de sécurité ont également été tués, a annoncé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué, affirmant que les manifestants avaient ouvert le feu sur la police. Par ailleurs, dans le quartier Feysal, tout proche, les habitants souffrent de ces affrontements permanents.

Ce mercredi 14 juin au matin, autour du sit-in de l’université du Caire dans le quartier de Gizeh, les forces de police semblent avoir pris possession de la place. Les manifestants se sont réfugiés pour certains d’entre eux à l’université du Caire.

Quant au plus grand sit-in de Rabia al-Adawiyya, la police est toujours aux abords des lieux. Elle a avancé mais les manifestants sont toujours là. Le podium fonctionnait encore mais au milieu de tirs de gaz lacrymogène assez intenses. En effet, les policiers s’installent sur les toits des immeubles et tirent des gaz lacrymogènes.

La police au début a utilisé des bulldozers blindés pour détruire les lignes défensives qui avaient été construites en béton ou en sacs de sable, pour permettre aux blindés des forces de l’ordre d’entrer dans les sit-in.

Au stade actuel, la situation est très confuse. Il y a beaucoup de fumée, que ce soit de la fumée de gaz lacrymogène ou des pneus en flammes. La police a déclaré qu’en fait, elle laissait la porte ouverte aux manifestants afin qu’ils sortent des deux sit-in, et que seules seraient arrêtés les personnes recherchées par la police c’est-à-dire les hauts responsables de la confrérie des Frères musulmans.

 

Les habitants du Caire souffrent

Le quartier Feysal est un quartier populaire situé entre l’université du Caire et les Pyramides. Un quartier qui, par le passé était favorable aux islamistes. Mais cette fois, quand le cortège des manifestants qui venaient du sit-in de l’université du Caire a traversé le quartier, il a été mal accueilli. Un mois et demi de sit-in a rendu les islamistes impopulaires. Car le sit-in a, entretemps, affecté la vie économique et quotidienne à Feysal. Les habitants souffrent de difficultés de moyens de transports ce qui a touché l’économie parallèle, base de la vie du quartier depuis l’effondrement du tourisme.

Le quartier a donc formé des comités populaires qui se sont accrochés avec les manifestants. Des affrontements à coup de pierres mais aussi de pistolets artisanaux à cartouches. Le pire cauchemar de Feysal, comme celui de tout quartier populaire est devenu l’installation d’un sit-in chez eux. Les habitants du quartier sont à bout. La place Rabaa al-Adawiya est devenue, au fil du temps, un village de dix mille habitants hurlant des slogans à longueur de journée et de nuit.

De plus, ces personnes devaient faire deux kilomètres à pied pour sortir ou rentrer chez eux. Deux kilomètres durant lesquels ces habitants, généralement des fonctionnaires appartenant à la moyenne bourgeoisie étaient fouillés et interrogés par des islamistes venant généralement de provinces rurales. L’occasion de vexations et parfois de violences. Pour une femme, ne pas être voilée c’est ici l’enfer.

Une société égyptienne de plus en plus divisée

En Egypte, le bras de fer n’oppose pas seulement les autorités aux quelques milliers de manifestants qui ont campé sur deux places de la capitale. C’est toute la société égyptienne qui paraît de plus en plus divisée, polarisée. C’est maintenant un camp contre l’autre, et chacun, ou presque, tient des propos de plus en plus radicaux. Et ces lignes de fractures traversent les familles elles-mêmes.

 

Reportage au Caire de Perrine Mouterde

« Ces gens-là sont tellement fanatiques, tellement agressifs, ils nous massacrent. Ce sont des bêtes féroces ». Les violences qui secouent le pays sont aussi verbales. Pour cet Egyptien, les islamistes sont des terroristes. C’est ce que ne cessent de répéter des présentateurs télé, mais aussi des responsables politiques ou même les militants du mouvement Tamarod (rébellion en français). Les partisans des Frères musulmans, de leur côté, traitent leurs adversaires d’infidèles ou de voyous.

Difficile dans ce climat, de parler sereinement de politique. Adel, 20 ans, l’a constaté : « La politique provoque des problèmes, parfois au sein d’une même famille. J’ai des amis par exemple qui ont quitté leur maison parce que leurs parents soutenaient les Frères musulmans et eux soutenaient l’armée. Même entre nous, entre amis. Beaucoup ont décidé de ne plus me parler parce que je suis contre les Frères, alors qu’eux sont de leur côté ».

La famille de Rihab est elle aussi divisée. On réussit chez elle à éviter de se déchirer, mais elle s’inquiète de la haine qu’elle voit naître chez les Egyptiens : « Oui, il y a de la haine. Quand vous n’acceptez que votre point de vue, l’autre devient l’ennemi, et la haine arrive. Bien sûr cela me fait peur, parce qu’en réalité nous sommes une seule famille. Si les frères et les sœurs se détestent et trouvent normal que les autres meurent, c’est la fin. »

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