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Mali: L’immense chantier de l’élection présidentielle

Le premier tour de l’élection présidentielle malienne est toujours prévu le 28 juillet, soit dans un mois exactement. Les délais sont donc extrêmement courts et les difficultés et autres contraintes, grandes. Hier, jeudi 28 juin, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a lui-même émis des doutes sur la possibilité de tenir un tel délai.

nushi20130527234300630La première étape dans cette course contre le temps se termine ce vendredi soir à minuit. Il s’agit du dépôt des candidatures.

Pour se présenter au poste suprême, il faut être Malien, avoir au moins 35 ans, verser 10 millions de francs CFA (environ 15 000 euros) de caution et surtout avoir soit dix signatures de députés, soit cinq signatures d’élus locaux pour chacune des neuf régions du pays, donc 45 en tout.

La situation dans le nord du Mali complique cette tâche, la majorité des élus n’étant plus là. Selon les informations de RFI, il y aurait actuellement une vingtaine de dossiers qui restent à valider par la Cour constitutionnelle avant le 7 juillet, date de l’ouverture officielle de la campagne électorale.

Recenser les électeurs

La donne est encore plus complexe pour gérer les électeurs car la crise a éparpillé les Maliens sur le territoire ou à l’extérieur du pays. Il faut donc refaire les listes des votants, savoir qui est où, pour ensuite envoyer les cartes d’électeurs, les cartes Nina fabriquées en France.

C’est d’ailleurs le plus compliqué, selon le vice-président de la Céni. « Tout le monde va à cent à l’heure, explique Issaka Campo. Tous les candidats sont en train de s’affairer pour déposer leur dossier de candidature.

Les organisations de la société civile sont en train de faire des formations pour la sensibilisation et la mobilisation. Et le plus difficile, c’est la remise des cartes Nina aux électeurs qui va commencer dès demain dans l’urgence. »

En fait, sur le terrain, cette distribution a déjà commencé. Notamment à Tombouctou où cela fait quatre jours que les habitants viennent les chercher au bureau de l’administration. Le journaliste Yehia Tendina a récupéré la sienne.

Et deux choses l’ont surpris : la forte mobilisation des habitants et la présence de cartes d’électeurs appartenant à des réfugiés mais aussi à des jihadistes, notamment celle d’un certain Mohamed Mossa, l’ancien chef de la police islamique de Tombouctou : « Les gens s’impliquent et on sent réellement qu’il y a un certain engouement.

Nous avons vu des cartes de certains jihadistes comme Mohamed Mossa et également, nous avons remarqué sur certaines listes des gens en déplacement dans les camps de réfugiés ou à l’intérieur du pays. Cependant la Commission disait que, soit les cartes vont retourner directement à Bamako, soit dans les camps de réfugiés. »

La Minusma en soutien pour la logistique

La logistique, c’est un autre problème d’envergure. Le Mali est immense et le pays ne dispose pas d’avions en nombre suffisant pour gérer cette élection. C’est donc la Misma/Minusma et la force française Serval qui vont devoir tout organiser, notamment les déplacements des équipes et du matériel.

Pour Pierre Buyoya, le chef de la Misma, l’objectif, c’est surtout que le Mali sorte de la crise, quitte à décaler le premier tour de quelques semaines : « La Minusma va jouer un rôle majeur dans la sécurisation.

Maintenant, il va falloir aller vite, mais si demain les mêmes autorités trouvent qu’elles ont besoin d’une semaine, deux, trois, pour accorder les derniers détails, nous allons continuer à les appuyer. On ne voudrait pas tomber dans une autre crise ». Accorder les derniers détails surtout dans le nord du Mali, notamment à Kidal.

Car dix jours après la signature de l’accord de Ouagadougou, son application est difficile : aucun membre de l’administration n’est arrivé en ville. Le problème se pose aussi pour la ville de Tessalit encore plus au nord.

Et pour certains comme Nasser, la volonté de tenir cette élection avant de négocier une paix durable avec Bamako n’est pas réaliste : « S’il y avait eu les négociations avant les élections, tout le monde aurait voté.

Les jeunes qui sont inscrits ne vont pas participer dans les bureaux de vote. Ils pensent que s’ils votent, c’est pour le Mali qu’ils votent alors qu’eux, ils ne se considèrent pas comme des Maliens.

Nous nous abstiendrons ». Dans un pays où l’abstention est toujours forte – 35% de votants à l’élection présidentielle de 2007 -, la liste des défis à relever est donc immense. Elle s’allonge tous les jours et le moindre accroc pourrait malheureusement faire replonger le Mali dans une grave crise post-électorale.

 

Source: Guillaume Thibault

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