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Le conclave a commencé

Le-conclave-a-commence_article_mainDans une atmosphère marquée par la gravité, les 153 cardinaux, électeurs et non électeurs, ont célébré mardi matin 12 mars, en la basilique Saint-Pierre, la messe pro eligendo pontifice, qui marquait l’entrée en conclave.

À 16 h 30, les 115 cardinaux électeurs se sont rendus en procession, entonnant la litanie des Saints, à la Chapelle Sixtine.

À 17 h 30, l’« Extra Omnes » a été prononcé et les portes de la chapelle fermées.

9 heures

La foule, aux multiples nationalités, se presse vers l’entrée centrale de Saint-Pierre, lorgnant, au premier étage, sur la loggia où un rideau pourpre a été tendu la veille. C’est de là qu’apparaîtra dans quelques jours le nouveau pape.

Très vite, toutes les places ont été prises et beaucoup ont dû se serrer dans les allées latérales. Exceptionnellement, cette célébration se déroule en effet sans billets préréservés. Dans l’assistance, parmi les milliers de pèlerins et touristes, séminaristes, religieux et religieuse, trente sœurs de la Communauté de l’Agneau, venues prier pour les cardinaux et notamment pour leur protecteur, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne.

À quelques pas, sœur Victoire, Béninoise de 28 ans, ne s’est pas précipitée pour trouver une des dernières places assises. « C’est un événement extraordinaire mais peu importe que je sois près ou loin. L’essentiel pour moi est de participer par la prière ! Chaque jour depuis la démission du pape, j’allume ma bougie pour demander au Seigneur d’éclairer les cardinaux », explique cette religieuse de laMiséricorde Divine, étudiante en droit civil à l’Université pontificale du Latran. « J’espère simplement qu’il aura un point de vue large sur le monde, qu’il favorisera la transparence et la vérité dans l’Église. »

10 heures

Après les pronostics médiatiques et les discussions des dernières semaines, la procession qui s’avance, accompagnée par les chœurs de la Sixtine, rappelle que le conclave est avant tout une liturgie, une véritableretraite spirituelle.

Agnès, 47 ans, qui vit à Rome depuis six mois avec son mari expatrié pour une grande entreprise française, a scruté les visages : « J’ai observé leurs expressions, toutes très différentes, à l’image de l’Église : certains fermés, d’autres très souriants, d’autres encore qu’on sentait très priants, ou prêts à nous bénir, tout aussi émus que nous… »

« Hélas, nous devons repartir demain pour les États-Unis, nous sommes déçus de ne pas voir le nouveau pape, mais nous voulions prier pour ses électeurs », confie Tammy, 36 ans. Vietnamienne installée au Texas, elle avait prévu de longue date un voyage à Rome avec sa famille, sans savoir qu’ils vivraient « un événement si historique ». Née au Vietnam, elle se réjouit de la présence du cardinal Jean-Baptiste Pham Minh Man : « Mes parents habitent près de Hô-Chi-Minh Ville. Ils peuvent pratiquer leur foi mais toujours sous le contrôle étroit du gouvernement. J’espère que l’élu pourra lutter pour une plus grande liberté religieuse dans le monde, et qu’il ouvrira des relations diplomatiques avec le Vietnam. »

10 h 15

Les cardinaux se sont disposés autour du baldaquin du Bernin, sous lequel se trouve la tombe de Pierre. Au-dessus de leurs têtes, ceinturant la coupole, en lettres immenses sur fond d’or, les paroles du Christ : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église »

Sous les projecteurs, les ors et les marbres de la basilique brillent plus que jamais, même en l’absence du pape émérite. À l’autel, ce vide est palpable.« L’Église catholique est une religion spectaculaire, elle a conservé l’art de la théâtralisation, au bon sens du terme, en manifestant une transcendance », s’émerveille Sara. Cette dramaturge anglaise, originaire de Brighton, est à Rome pour la première de sa pièce. Elle et son compagnon, Mark, de racines anglicane et quaker, ne pratiquent aucune religion mais se disent « très intéressés ». « Ma pièce, ‘‘No’’, raconte l’histoire tourmentée d’une chanteuse punk. Cela n’a rien à voir avec ce que nous vivons ici. Mais j’éprouve un grand respect pour l’Église et pour tous ces croyants que je vois ici animés de convictions si fortes. »

11 h 00

Dans son homélie, le cardinal Angelo Sodano, doyen du collège des cardinaux, s’en est tenu à rappeler les fondamentaux du ministère pétrinien. Ce furent les derniers mots de l’ancien secrétaire d’État de Jean-Paul II avant que son rôle ne prenne fin : âgé de 85 ans, il ne sera pas du conclave.

Lors du baiser de paix, les visages des cardinaux étaient plus graves que cordiaux. Cette célébration marquait en effet pour eux la première étape du long processus conduisant vers le choix crucial du 265e successeur de Pierre. Physiquement, chacun portait déjà en lui, hier matin, ce poids.

11 h 40

À la sortie, Agnès a fait évoluer sa réflexion : « Lors de l’entrée des cardinaux, j’ai commencé par me dire que tel était trop vieux, tel autre trop fermé. Mais ensuite, j’ai repensé aux propos de Benoît XVI – quel que soit le pape, il faut qu’on l’aime – et mon regard a changé… Et puis, à la sortie, je les ai sentis tous souriants. On les sentait beaucoup plus détendus ! »

La bénédiction finale du cardinal Sodano résonne sur toute la place Saint-Pierre. Mais la voix de celui qui avait comparé la renonciation de Benoît XVI, le 11 février, à « un éclair dans un ciel d’azur », est elle-même soudain couverte par un coup de tonnerre. Les giboulées de mars s’invitent sur la place.

16 h 15

Devant les grands écrans disposés devant la basilique Saint-Pierre, la foule commence à se rassembler. Certains fidèles ont apporté des pancartes. On y lit par exemple « Pape pluvieux, pape heureux » – allusion au temps humide à Rome – ou encore « Francesco, i papa ».

16 h 20

Mgr Guido Marini, maître des célébrations liturgiques pontificales, explique aux cardinaux le déroulement liturgique du conclave.

16 h 30

Même en l’absence du pape allemand, réputé pour sa ponctualité, les célébrations pontificales débutent toujours à l’heure pile. Graves, les cardinaux sont assis dans la chapelle Pauline, au premier étage du Palais apostolique. Le cardinal Giovanni Battisti Re, préfet émerite de la congrégation des évêques, le plus ancien dans le rang le plus élevé et qui présidera donc aux travaux du conclave, ouvre la prière d’une voix ferme. Puis le chœur de la chapelle Sixtine pénètre dans la Salle Royale et entonne l’hymne qui rythmera les minutes suivantes, la litanie des saints, évoquant les saints d’Orient et d’Occident.

Derrière eux, les cardinaux, vêtus de leurs habits de chœur rouge, entament leur procession et pénètrent peu à peu dans la chapelle Sixtine. Le cardinal nigérian Onayekan, novice au conclave, scrute les parois et parcourt du regard, presque étonné, l’ensemble somptueux. La télévision du Vatican a mis en œuvre une réalisation soignée, attentive aux détails. Avant le secret total, la transparence apparaît sans failles. Deux par deux, les cardinaux s’inclinent devant l’autel, là même où ils déposeront leurs bulletins de vote. Les Orientaux se détachent par leurs ornements noirs.

16 h 45

La procession est terminée. Chacun est à sa place, sous le regard désormais omniprésent du Jugement dernier de Michel-Ange. Au centre, le cardinal Giovanni Battista Re se trouve face à l’évangéliaire devant lequel ils vont, l’un après l’autre, prêter serment. Puis ces voix masculines entonnent le Veni Creator Spiritus, invocation à l’Esprit Saint qui guidera leur choix.

16 h 53 

Le cardinal Re lit le serment par lequel chaque cardinal va s’engager à respecter le secret de l’assemblée. Ensemble, les hommes en rouge répètent ces mots. Puis, un à un, en commençant par les cardinaux prêtres, chacun prête serment individuellement, en latin, la main posée à plat sur l’Évangile. Chacun apparaît pénétré de l’importance du moment.

17 h 30

Après très long défilé, le cardinal maltais non électeur Prosper Grech livre aux électeurs une ultime méditation. Ensuite, Mgr Guido Marini, maître des cérémonies, proclame d’une voix fluette le « Extra Omnes ». Les photographes et personnels du Vatican quittent la chapelle. Alors débute le véritable conclave et l’attente de la première fumée

 

Article de: CÉLINE HOYEAU, FRÉDÉRIC MOUNIER ET SÉBASTIEN MAILLARD, à Rome

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